samedi 19 novembre 2011

Lisa Gerrard

Bien tard

Bien tard je t'ai aimée,
Beauté toute ancienne et toute nouvelle.

Tu étais au-dedans de moi
et je te cherchais au-dehors !

Tu étais avec moi,
moi, je n'étais pas avec toi !

Tu as répandu ton parfum,
je l'ai respiré
et soupire maintenant vers toi.

Sagesse, je t'ai goûtée.
Faim et soif de toi me consument !

Tu m'as touché,
j'ai brûlé,
envahi par la paix
qui est en toi !

Augustin d'Hippone (354-430)


Odilon Redon : "les Yeux clos"

Dépassement

Ce qui advient
est plus grand que toi,
sois en sûr !

Une montagne
dans le soir
qui s'enflamme
parle à ton coeur,
car elle l'ouvre,
lui révèle une noblesse
qu'il ne soupçonnait pas !



Tu n'es rien
de ce que tu sais
et personne ne sait
ce que tu es vraiment.

Rien n'arrête pour toujours
l'eau du torrent,
le vent est ton ami
si tu suis son mouvement !



Ce qui advient échappe
à toute mesure.
Même la nuit
continue de battre
le coeur de l'enfant
d'une femme enceinte et endormie !

vendredi 18 novembre 2011

Kathleen Ferrier: Alto Rhapsodie de Johannes Brahms



Voir autrement


A partir de maintenant
est né un autre espace.
Par la fenêtre de cette pièce
rentre une lumière différente.

L'encre est douce sur le papier,
les phrases que contiennent
les livres en désordre
sont des oiseaux passagers,
et l'air que l'on respire
a une conscience étoilée.

A partir de maintenant
aucune seconde
ne revient au même,
mais se dévoile
toute chose délicate !


jeudi 17 novembre 2011

Je chante ma chanson

Je chante ma chanson
Sur la route encombrée de plantain
Dans le concert des arbrisseaux
Au bal des cèdres et des bouleaux
Dans l’harmonie originelle
Je chante ma chanson

Je chante ma chanson
Dans l’effrayante fumée des centrales électriques
Dans l’ordre compliqué des boîtes de vitesses
Sous les baisers des disques abrasifs
Dans la marche réglée de cette société
Je chante ma chanson

Je chante ma chanson
Aux étrangers, aux inconnus
Je suis cet enfant appliqué
Qui voudrait entrer dans chaque chorale
Pour que les gens normaux ne sachent pas
Qu’il chante sa chanson

Et je chanterai ma chanson
Jusqu’à ce que le monde redevienne désert
Et que la lune, mince et longue
Vienne vers moi, depuis la mer
Et doucement me demande : pourquoi
Tu chantes ta chanson?

Gu Cheng (1956-1993)

A la fin

Par sa bouche
passe un fil.
Il veut dire
ce qu'il veut dire,

Oh ! Le dire encore
sans jamais le dire.
Il sent bien
que cela le dévore.

Or ou charbon,
apparait
son fil
de mots fragiles.
Ne tirez pas trop fort !

Il est possible
qu'un jour un oiseau
surgisse au bout du fil,

et s'envole !