Ne lui dites pas,
Ne lui expliquez rien !
Il n'a pas cherché
pour ne plus chercher,
les mots ne suffiront jamais
à couvrir le ciel,
les phrases ne seront jamais
une vraie maison !
Il y a plus de coeur
dans un vrai regard...
et de quoi se taire !
mardi 6 décembre 2011
lundi 5 décembre 2011
La vérité sur l'amour
On dit que l'amour est un petit garçon
Ou bien que c'est un oiseau
On dit que c'est lui qui fait tourner le monde
On dit aussi que c'est idiot
Mais quand j'ai interrogé mon voisin
Qui paraissait un expert
Sa femme s'est mise dans une colère noire
Disant qu'en voila des manières
Ressemble-t-il à un vieux pyjama ?
Au jambon d'une maison de cure ?
Sent il fort, comme le font les lamas ?
Ou est ce que son odeur rassure ?
Est-il piquant, au toucher, comme une haie?
Doux comme un duvet d’édredon ?
Sur les bords est-il pointu, ou bien tout rond ?
Dites-moi la vérité sur l'amour
Les livres d'histoire l'évoquent
Par d'indirectes allusions
C’est un sujet de discussion
Sur les paquebots transatlantiques
Je l'ai vu souvent mentionné
Dans des rapports de suicides
Je l'ai même trouvé griffonné
Au dos d'éphémérides
Hurle-t-il comme un dogue affamé ?
Braille-t-il comme une fanfare militaire ?
Arriverait-on à l’imiter ?
Sur une scie, ou un Steinway de concert ?
Est ce qu'on crie quand il chante dans les fêtes ?
Est ce qu'il n'écoute que du classique ?
Quand on veut du calme, est ce qu’il s'arrête ?
Dites moi la vérité sur l'amour
J'ai cherché dans le kiosque
Il ne s'y trouvait pas
Sur la Tamise, à Maidenhead
A Brighton, au grand air
Je ne sais pas ce que le merle chantait
Ni ce que la fleur a dit
Mais il n'était pas dans le poulailler
Ni en dessous du lit
Peut-il faire des mines incroyables?
Est-il malade sur une balançoire?
Passe-t-il tout son temps aux courses
Ou à jouer avec des bouts de ficelle?
A-t-il ses idées sur l'argent?
Est-il assez patriote?
Ses histoires sont elles vulgaires mais drôles?
Dites-moi la vérité sur l'amour
Quand il viendra, viendra-t-il sans prévenir ?
Au moment où je me mouche ?
Frappera-t-il à la porte un matin ?
Ou me bousculera-t-il dans le bus?
Viendra-t-il comme change le temps ?
Sera-t-il brutal ou prévenant ?
Changera-t-il ma vie pour toujours?
Dites-moi la vérité sur l'amour
W. H. Auden (1907-1973)
Ou bien que c'est un oiseau
On dit que c'est lui qui fait tourner le monde
On dit aussi que c'est idiot
Mais quand j'ai interrogé mon voisin
Qui paraissait un expert
Sa femme s'est mise dans une colère noire
Disant qu'en voila des manières
Ressemble-t-il à un vieux pyjama ?
Au jambon d'une maison de cure ?
Sent il fort, comme le font les lamas ?
Ou est ce que son odeur rassure ?
Est-il piquant, au toucher, comme une haie?
Doux comme un duvet d’édredon ?
Sur les bords est-il pointu, ou bien tout rond ?
Dites-moi la vérité sur l'amour
Les livres d'histoire l'évoquent
Par d'indirectes allusions
C’est un sujet de discussion
Sur les paquebots transatlantiques
Je l'ai vu souvent mentionné
Dans des rapports de suicides
Je l'ai même trouvé griffonné
Au dos d'éphémérides
Hurle-t-il comme un dogue affamé ?
Braille-t-il comme une fanfare militaire ?
Arriverait-on à l’imiter ?
Sur une scie, ou un Steinway de concert ?
Est ce qu'on crie quand il chante dans les fêtes ?
Est ce qu'il n'écoute que du classique ?
Quand on veut du calme, est ce qu’il s'arrête ?
Dites moi la vérité sur l'amour
J'ai cherché dans le kiosque
Il ne s'y trouvait pas
Sur la Tamise, à Maidenhead
A Brighton, au grand air
Je ne sais pas ce que le merle chantait
Ni ce que la fleur a dit
Mais il n'était pas dans le poulailler
Ni en dessous du lit
Peut-il faire des mines incroyables?
Est-il malade sur une balançoire?
Passe-t-il tout son temps aux courses
Ou à jouer avec des bouts de ficelle?
A-t-il ses idées sur l'argent?
Est-il assez patriote?
Ses histoires sont elles vulgaires mais drôles?
Dites-moi la vérité sur l'amour
Quand il viendra, viendra-t-il sans prévenir ?
Au moment où je me mouche ?
Frappera-t-il à la porte un matin ?
Ou me bousculera-t-il dans le bus?
Viendra-t-il comme change le temps ?
Sera-t-il brutal ou prévenant ?
Changera-t-il ma vie pour toujours?
Dites-moi la vérité sur l'amour
W. H. Auden (1907-1973)
Le passeur
Par une fenêtre ouverte,
la pluie qui tombe
résonne dans la pièce.
On ne voit rien,
sauf un homme
allongé sur un lit,
et cela dure longtemps
mais sans peser !
Cette pluie d'orage
n'en finit pas,
mais le bruit des gouttes
comme une mélopée,
un chant, un appel,
ouvre une autre fenêtre,
sur un autre paysage
plus vaste, plus profond,
silencieux,
où tout s'apaise,
un paysage où l'être
respire enfin !
la pluie qui tombe
résonne dans la pièce.
On ne voit rien,
sauf un homme
allongé sur un lit,
et cela dure longtemps
mais sans peser !
Cette pluie d'orage
n'en finit pas,
mais le bruit des gouttes
comme une mélopée,
un chant, un appel,
ouvre une autre fenêtre,
sur un autre paysage
plus vaste, plus profond,
silencieux,
où tout s'apaise,
un paysage où l'être
respire enfin !
Image du film "Stalker" (Le passeur) de Tarkovski
dimanche 4 décembre 2011
Le guetteur
-1-
Bien au-delà de ce remue-ménage, entrechoc des pensées, près d'un cri qui est aussi lumière, il aperçoit ce matin sur le cerisier dénudé, un corbeau, bec ouvert, sous la bruine froide !
-2-
Corbeau luisant et sans regard parce que trop loin de lui, qu'attends-tu ainsi ? Les fenêtres sont closes.
Chacun prolonge son rêve ou son baiser, pendant que les dernières feuilles séches et presque grises tombent sous les assauts du vent, dans le désert de la ville.
-3-
Une lumière s'est allumée, une minuscule lumière sur la face terne de l'immeuble qui barre la colline. Un homme dans sa cuisine prépare son café, encore tout ensommeillé. Les nuages en cavalcade capturent les fumées des cheminées et poursuivent leur voyage.
-4-
Le cerisier a perdu son guetteur. Dans le jardin, aucune fleur n'invite le regard. C'est ainsi que vient l'hiver. Il n'y changera rien. En lui aussi les nuages passent leur chemin. La pluie succéde à la lumière tremblante de l'automne. C'est comme une ronde qui sans cesse se renouvelle et tourne autour de lui. L'histoire qui est la sienne se déroule immanquablement. Des oiseaux aussi se sont posés sur ses épaules et se sont envolés, l'instant d'après, sans un regret.
-5-
Tout est-il songe ? Et qui donc en a écrit les grandes lignes ? et le songe reprend-il le même chemin que ceux qui l'ont précédé avant d'ouvrir les yeux ? Echappe-t-on à ce qui vient ? Quelle étoile s'est-elle arrêtée à l'aube au dessus de son berceau et pourquoi poursuit-il à jamais sa lumière ?
-6-
Creusement sans réponse où il aperçoit des enfants qui subissent la violence et d'autres qui trouvent refuge dans le sourire d'une mère en paix ! Gouttes de pluie de la souffrance partout qui tambourinent les toits des maisons qui se croient préservées, alors que monte la clameur ! Nulle part où aller sans croiser des visages qui sont des cris !
-7-
Il ne veut pas sortir seul de ce rêve. Il veut ouvrir les yeux avec d'autres regards, sentir sous ses mains un monde qui se délivre, avec d'autres mains, et embrasser la joyeuse lumière des matins où tout est encore possible avec d'autres lèvres !
Bien au-delà de ce remue-ménage, entrechoc des pensées, près d'un cri qui est aussi lumière, il aperçoit ce matin sur le cerisier dénudé, un corbeau, bec ouvert, sous la bruine froide !
-2-
Corbeau luisant et sans regard parce que trop loin de lui, qu'attends-tu ainsi ? Les fenêtres sont closes.
Chacun prolonge son rêve ou son baiser, pendant que les dernières feuilles séches et presque grises tombent sous les assauts du vent, dans le désert de la ville.
-3-
Une lumière s'est allumée, une minuscule lumière sur la face terne de l'immeuble qui barre la colline. Un homme dans sa cuisine prépare son café, encore tout ensommeillé. Les nuages en cavalcade capturent les fumées des cheminées et poursuivent leur voyage.
-4-
Le cerisier a perdu son guetteur. Dans le jardin, aucune fleur n'invite le regard. C'est ainsi que vient l'hiver. Il n'y changera rien. En lui aussi les nuages passent leur chemin. La pluie succéde à la lumière tremblante de l'automne. C'est comme une ronde qui sans cesse se renouvelle et tourne autour de lui. L'histoire qui est la sienne se déroule immanquablement. Des oiseaux aussi se sont posés sur ses épaules et se sont envolés, l'instant d'après, sans un regret.
-5-
Tout est-il songe ? Et qui donc en a écrit les grandes lignes ? et le songe reprend-il le même chemin que ceux qui l'ont précédé avant d'ouvrir les yeux ? Echappe-t-on à ce qui vient ? Quelle étoile s'est-elle arrêtée à l'aube au dessus de son berceau et pourquoi poursuit-il à jamais sa lumière ?
-6-
Creusement sans réponse où il aperçoit des enfants qui subissent la violence et d'autres qui trouvent refuge dans le sourire d'une mère en paix ! Gouttes de pluie de la souffrance partout qui tambourinent les toits des maisons qui se croient préservées, alors que monte la clameur ! Nulle part où aller sans croiser des visages qui sont des cris !
-7-
Il ne veut pas sortir seul de ce rêve. Il veut ouvrir les yeux avec d'autres regards, sentir sous ses mains un monde qui se délivre, avec d'autres mains, et embrasser la joyeuse lumière des matins où tout est encore possible avec d'autres lèvres !
samedi 3 décembre 2011
Ouvert
Nous sommes construits ouverts pour les autres et cette ouverture est infinie. Quand nous étions petits enfants, nous étions ouverts, nous n’avions pas eu l’idée de nous fermer pour maintenir les autres dehors. La condition humaine consiste à mettre quelque chose à l’intérieur de soi pour empêcher le monde extérieur de rentrer ; mais si vous regardez véritablement ici dedans, vous ne trouverez rien, absolument rien qui puisse exclure le monde. Ce qui est merveilleux, c’est que, indépendamment de ce que nous ressentons, quels que soient nos sentiments, si horribles soient-ils, la vision de nous-mêmes en tant qu’espace, vacuité est toujours à notre disposition . Au milieu des problèmes du monde, au milieu de toutes les difficultés de la vie, la vision de notre clarté est toujours disponible et peut nous aider beaucoup. Je pense que la racine de tout ce qu’il y a de négatif dans le monde, c’est l’illusion : croire que je suis une chose, construite fermée et non pas ouverte ; alors je me mets à haïr et je suis avide. Mais si je me débarrasse de cette illusion que je suis construit pour rejeter, construit pour l’avidité, la haine et la peur, je commencerai à aimer.
Douglas Harding

"Cri de pure joie, d'une intensité inégalée. Retrouverons-nous jamais cet élan que rien n'entrave? "Si vous ne devenez pareils à ces enfants" F. mallet-Joris
Photo extraite du beau livre de Françoise Mallet-Joris : Enfance, ton regard, publié en 1966
Douglas Harding
"Cri de pure joie, d'une intensité inégalée. Retrouverons-nous jamais cet élan que rien n'entrave? "Si vous ne devenez pareils à ces enfants" F. mallet-Joris
Photo extraite du beau livre de Françoise Mallet-Joris : Enfance, ton regard, publié en 1966
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