lundi 2 janvier 2012

Face à l'océan, des fleurs au printemps / Haizi 海子 (1964-1989)


A partir de demain, être un homme heureux
Elever des chevaux, fendre du bois, voir le monde
A partir de demain, faire attention à mes récoltes, à mes légumes
Avoir une maison, face à l'océan, des fleurs au printemps

A partir de demain, écrire à tous mes proches
Raconter mon bonheur
Cet éclair de joie, ce qu'il m'a appris
Le dire à chacun

A chaque rivière, à chaque montagne, donner un nom chaleureux

Etranger, pour toi aussi, je fais ce vœu
Je te souhaite un avenir radieux
Je te souhaite un mariage heureux
Je te souhaite le bonheur en ce monde

Moi, je veux simplement
Faire face à l'océan, et des fleurs au printemps.

(13/1/1989)

Il y avait un jardin - Georges Moustaki

Qui habite ?

Il habite un corps,
est-ce une montagne ?
Il lève la main,
un oiseau s'envole !

Il inspire une rivière
d'air de nulle part.
Il parle à ses jambes,
deux amies fidèles
qui foulent le monde,
et au centre le vide !

Maison de chair,
est-ce qu'il réalise ?
Bientôt poussière d'os,
est-ce qu'il comprend ?

Qui habite un corps ?
Mais qui habite un corps ?

Botswana Music Guitar - Ronnie -"Happy New Year"!

dimanche 1 janvier 2012

2012 en lectures !

Mais le plus merveilleux était qu'il y eût là, debout sur le dos rond de la planète, entre ce linge aimanté et ces étoiles, une conscience d'homme dans laquelle cette pluie pût se réfléchir comme dans un miroir. Sur une assise de minéraux un songe est un miracle. Et je me souviens d'un songe...

Echoué ainsi une autre fois dans une région de sable épais, j'attendais l'aube. Les collines d'or offraient à la lune leur versant lumineux, et des versants d'ombre montaient jusqu'aux lignes de partage de la lumière. Sur ce chantier désert d'ombre et de lune, régnait une paix de travail suspendu, et aussi un silence de piège, au coeur duquel je m'endormis.

Quand je me réveillai, je ne vis rien que le bassin du ciel nocturne, car j'étais allongé sur une crête, les bras en croix et face à ce vivier d'étoiles. N'ayant pas compris encore quelles étaient ces profondeurs, je fus pris de vertige, faute d'une racine à quoi me retenir, faute d'un toit, d’une branche d’arbre entre ces profondeurs et moi, déjà délié, livré à la chute comme un plongeur.

Mais je ne tombai point. De la nuque aux talons, je me découvrais noué à la terre. J’éprouvais une sorte d’apaisement à lui abandonner mon poids. La gravitation m’apparaissait souveraine comme l’amour.

Je sentais la terre étayer mes reins, me soutenir, me soulever, me transporter dans l’espace nocturne. Je me découvrais appliqué à l’astre, par une pesée semblable à cette pesée des virages qui vous appliquent au char, je goûtais cet épaulement admirable, cette solidité, cette sécurité, et je devinais, sous mon corps, ce pont courbe de mon navire.

J’avais si bien conscience d’être emporté, que j’eusse entendu sans surprise monter du fond des terres, la plainte des matériaux qui se réajustent dans l’effort, ce gémissement des vieux voiliers qui prennent leur gîte, ce long cri aigre que font les péniches contrariées. Mais le silence durait dans l’épaisseur des terres. Mais cette pesée se révélait, dans mes épaules, harmonieuse, soutenue, égale pour l’éternité. J’habitais bien cette patrie, comme les corps des galériens morts, lestés de plomb, le fond des mers.

Et je méditais sur ma condition, perdu dans le désert et menacé, nu entre le sable et les étoiles, éloigné des pôles de ma vie par trop de silence. Car je savais que j’userais, à les rejoindre, des jours, des semaines, des mois, si nul avion ne me retrouvait, si les Maures, demain, ne me massacraient pas. Ici, je ne possédais plus rien au monde. Je n’étais rien qu’un mortel égaré entre du sable et des étoiles, conscient de la seule douceur de respirer...

Et cependant, je me découvris plein de songes.

Ils me vinrent sans bruit, comme des eaux de source, et je ne compris pas, tout d’abord, la douceur qui m’envahissait. Il n’y eut point de voix, ni d’images, mais le sentiment d’une présence, d'une amitié très proche et déjà à demi devinée. Puis, je compris et m’abandonnai, les yeux fermés, aux enchantements de ma mémoire.

Il était, quelque part, un parc chargé de sapins noirs et de tilleuls, et une vieille maison que j’aimais. Peu importait qu’elle fût éloignée ou proche, qu’elle ne pût ni me réchauffer dans ma chair ni m’abriter, réduite ici au rôle de songe : il suffisait qu’elle existât pour remplir ma nuit de sa présence. Je n’étais plus ce corps échoué sur une grève, je m’orientais, j’étais l’enfant de cette maison, plein du souvenir de ses odeurs, plein de la fraîcheur de ses vestibules, plein des voix qui l’avaient animée. Et jusqu’au chant des grenouilles dans les mares qui venait ici me rejoindre. J’avais besoin de ces mille repères, pour me reconnaître moi-même, pour découvrir de quelles absences était fait le goût de ce désert, pour trouver un sens à ce silence fait de mille silences, où les grenouilles même se taisaient. Non, je ne logeais, plus entre le sable et les étoiles. Je ne recevais plus du décor qu’un message froid. Et ce goût même d’éternité que j’avais cru tenir de lui, j’en découvrais maintenant l’origine. Je revoyais les grandes armoires solennelles de la maison. Elles s’entrouvraient sur des piles de draps blancs comme neige. Elle s’entrouvraient sur des provisions glacées de neige. La vieille gouvernante trottait comme un rat de l’une à l’autre, toujours vérifiant, dépliant, repliant, recomptant le linge blanchi, s’écriant : « Ah ! mon Dieu, quel malheur », à chaque signe d’usure qui menaçait l’éternité de la maison, aussitôt courant se brûler les yeux sous quelque lampe, à réparer la trame de ces nappes d’autel, à ravauder ces voiles de trois-mâts, à servir je ne sais quoi de plus grand qu’elle, un Dieu ou un navire.

Saint-Exupéry, Extrait de Terre des Hommes

Bonne année 2012, pleine de lectures !


A l'image de cette mazurka et de ce nocturne de Chopin


Issue

-1-

La bruine n'en finit pas de tomber. Lentement, caresse si fine sur les arbres nus ! Que change cette pluie en son coeur ? Le ciel gris est aussi une illusion, car là, en ce lieu sans lieu, demeurent tous les sourires du monde. Qu'il reste seulement avec cette plus secrète vérité ! Les assauts de la pluie n'y changeront rien. Le grand réel vient de sonner à sa porte !



-2-

La fenêtre s'illumine. Plus de bruine, comme par enchantement ! L'air est net et immobile. Les houpiers de certains arbres ont la couleur du lilas mauve, promesse secrète que l'hiver n'est pas une saison morte. ll sent bien que cette éclaircie ne durera pas. Le paysage se brouille à nouveau. Il écoute un air de piano, comme on regarde une rivière !

-3-

Les notes sont des rayons de soleil qui jouent avec l'eau. En lui, immobile, est une simple brûlure que, jour après jour, il apprivoise. Le seul baume est de sy brûler, comme si pour toujours à vif, elle refusait toute fausse béatitude. Peut-être est-ce apaisement de la savoir inapaisable ?



-4-

Il se laisse glisser dans cette anfractuosité, ne convoque aucune image, ayant deviné l'illusoire douceur d'une épaule maternelle qui n'est plus. Seul avec lui-même, ayant exploré tous les recoins de sa prison, il n'est plus attiré que par les fenêtres, car c'est par elles que l'on s'échappe !

-5-

C'est par elles qu'entrent toutes les infinies possibilité qu'offre le ciel. Et il est une fenêtre lui-même, quand il sait d'un geste brusque repousser les persiennes qui lui font croire que son logis est sans issue, alors que dehors dansent des mésanges qui trouveront, comme par surplus, de quoi se nourrir !

-6-

C'est par ses fenêtres qu'il voit ce que trace la liberté des hommes quand ils étendent leurs esprits comme des ailes, s'envolent et oublient la rambarde de fer qui protège du vide et à laquelle ils s'accrochaient ! Il y a encore des poèmes, des musiques à écrire, et toujours une parole pour un coeur ouvert, une caresse pour l'enfer !



-7-

Que l'on s'acharne, malgré tout, à murer les fenêtres de l'âme ne lui fait plus peur ! Même dans le noir, il continue de voir les hommes fraternels et la terre qui se libère !