jeudi 5 juillet 2012

Psarantonis

A découvrir !


Vent sans origine

Qu'est ce qui se lève ?

Est-ce l'ombre verte
des champs de blé ?

Est-ce une autre respiration ?

Le cri d'un bébé
qui met toute illusoire grandeur,
genoux à terre ?

Mais il se lève,

un vent sans origine,

qui trouve toujours
la moindre fissure
pour déposer sa graine !

et toi,
tu t'es oublié,
tu ne comptes plus !

Le sapin est encore plus vert,
l'oiseau en plein ciel !

Cela déborde !


mercredi 4 juillet 2012

Assumer sa différence


Alexandre Jollien dans « La construction de soi » s’adresse à Spinoza :

J’ai mieux compris la souffrance d’être « différent », les moqueries et ma volonté d’être normal. Je ne conçois guère de regrets lorsque j’observe une mésange virevolter dans le ciel. Je n’ai pas d’ailes et elles ne me font pas défaut. Pourtant, imaginons que les hommes, les femmes, tous les êtres qui m’entourent puissent voler. Il y a fort à parier que j’envierai ces drôles d’oiseaux. Oui, c’est la comparaison qui accentue les privations et inflige les différences. En une page vous illustrez les combats de ma vie. Avec finesse, vous mettez les doigts sur une blessure. Je la devine désormais ; « Tu as vu le vélo à trois roues ? », « Il est rigolo le monsieur sur son tricycle ». Pour assumer ma singularité, j’ai ouvert votre Ethique.
Pour nous rassurer, nous comparons. Cependant en scrutant les autres, nous nous exposons à l’exclusion, à la différence, au manque. Comment en finir avec cette propension à se référer sans cesse à des modèles ?
Depuis peu, depuis vous, je commence à bannir les comparaisons sans devenir assez fou pour vouloir toutes les abolir. Simplement, je souhaite les purifier et ne conserver que celles qui me sont réellement utiles. Certes l’existence réclame ses références et une tonique émulation libère les possibilités qui sommeillent dans un individu. D’ailleurs l’esprit possède par induction, il tire profit de l’expérience, analyse et extrait une loi de la multiplicité des situations. Sans relâche il établit des parallèles, ose des rapprochements pour y puiser de profitables enseignements. Aussi, c’est grâce à la comparaison que je n’ai pas besoin de me brûler deux fois les doigts pour savoir que l’eau bouillante est dangereuse. Il serait vain d’éliminer cet instrument de la vie.
Une chose est de l’utiliser comme un moyen de progresser, une autre de l’installer au cœur de la vie. Celui qui dirige systématiquement son regard ailleurs, en se laissant déterminer par ce qu’il aperçoit, finit par ressembler à une éponge, ou à un esclave qui n’existe que par imitation. Naturellement, le spectacle du bonheur, le renvoyant à ses propres échecs, le plongera non dans la joie, mais dans la haine de soi. A l’inverse, quand le mécontentement et l’envie nous tiraille, il est tentant de nous rassurer en nous attardant sur le sort des plus malheureux. Tant que nous ne vivons que relativement à nos semblables, tant que nous quémandons au premier venu son approbation, ses louanges, nous ne saurions jouir de la paix. Réconfort, amour, assurance, se cultive aussi à domicile. Comment cesser de continuellement nous positionner par rapport à autrui ?

Alexandre Jollien




Léo Ferré - Les morts qui vivent (1986)




Les morts ont des anges gardiens en chrysanthèmes
Ils ont des lits tous alignés comme au dortoir
Et soulèvent parfois de singuliers problèmes
"To be or not to be", c´est à voir

Les morts ont des anges gardiens en perles fines
Serties et mortuaires en couronnes d´adieu
Ils sont riches, ces morts qui s´en vont à matines
Prier pour des vivants qui n´ont plus besoin d´eux

Il est des morts qui font germer les fleurs des champs
Et ces bourgeons d´amour sentent la remembrance
Et font au cimetière un relief d´ortolans
Où viennent picorer les oiseaux du silence

Je sais d´étranges morts qui ne pourrissent pas
Et qui sont beaux comme la chair adolescente
Ce sont ceux-là dont les vivants parlent tout bas
Anges assassinés de leur jeunesse ardente

{Parlé:}
Les morts ont des anges gardiens en chrysanthèmes
Ils ont des lits tous alignés comme au dortoir
Et soulèvent parfois de singuliers problèmes
"To be or not to be", c´est à voir

Sur les ailes d'un oiseau

Seul ce qui brûle
ne brûlera pas !

Quand l'incendie est là,
la flamme accourt !

Etre y passera,
avoir y disparaîtra !

Ce qui restera ?

Lumière sur
les ailes d'un oiseau !




mardi 3 juillet 2012

Ne plus juger


Comme nous sommes prompts à former une opinion sur une personne, à la juger. Il est satisfaisant pour le mental égoïque de classer un autre humain, de lui accoler une identité conceptuelle, de prononcer sur lui un jugement vertueux.

Chaque être humain est conditionné à penser et à se comporter de certaines façons - généralement par des expériences vécues dans l'enfance et par son environnement culturel.

Vous ne voyez pas l'essence de cette personne, mais son apparence. En jugeant quelqu'un, vous confondez sa nature avec ces schémas mentaux conditionnés. Cette attitude est en soi un schéma profondément conditionné et inconscient. Vous lui attribuez une identité conceptuelle et fausse qui devient une prison non seulement pour lui, mais aussi pour vous-même.

Ne plus juger une personne, ce n'est pas ne pas voir ses gestes. C'est reconnaître que son comportement correspond à une forme de conditionnement et que vous la voyez et l'acceptez ainsi. Ce n'est pas lui fabriquer une identité.

Cela vous libère, de même que l'autre, de l'identification au conditionnement, à la forme, au mental. Ainsi, l'ego ne dirige plus vos relations.

***

Tant que l'ego dirige votre vie, la plupart de vos pensées, de vos émotions et de vos gestes émanent du désir et de la peur. Alors, dans les relations, vous désirez ou craignez quelque chose de l’autre.

Ce que vous voulez de lui, ce peut être le plaisir ou le gain matériel, la reconnaissance, des louanges ou de l'attention, ou un renforcement de votre sentiment de soi par la comparaison et l'affirmation que vous êtes supérieur à lui, du point de vue de l'être, de l'avoir ou des connaissances. Ce que vous craignez, c'est le contraire: qu'il puisse, d'une façon ou d'une autre, diminuer votre sentiment de soi.

Lorsque vous focalisez votre attention sur le moment présent - au lieu d'en faire usage comme d'un simple moyen -, vous dépassez l'ego et l'impulsion inconsciente d'utiliser les gens pour vous mettre en valeur à leurs dépens. En accordant toute votre attention à votre interlocuteur, vous écartez de la relation le passé et le futur, sauf pour des questions pratiques. En étant pleinement présent à votre interlocuteur, vous renoncez à l'identité conceptuelle que vous lui avez fabriquée - votre interprétation de son identité et de son passé - et pouvez interagir sans les impulsions égoïques du désir et de la peur. La clé, c'est l'attention, qui est la quiétude éveillée.

Comme c'est merveilleux de dépasser le désir et la peur dans les relations! L'amour ne veut ni ne craint rien.


Eckhart Tolle dans "Quiétude"





Tina Dico



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