mercredi 15 août 2012

Arvo Pärt - Silentium


Ce qui veut vivre

-1-

Là où il se trouve
vient à lui le vent frais du Nord
où à nouveau
sourient les arbres
gardiens de la colline.

Tout à l'heure,
il marchait à travers
jardins et vergers.
Les fleurs venaient
embrasser son regard
empli de calme.



-2-

Le monde le comprend.
Il comprend le monde,
étoiles bleues
des fleurs de bourrache,
dahlias oursins
d'or et de sang,
boule de lavande
hérisson qui frémit,
corolles citron
des fleurs de potiron
où s'engloutissent les abeilles !

Tout brillait dans l'air
sans poussière d'après l'averse !

-3-

Qu'est-ce que la vérité ? :
coup d'épingle !
Le savoir ne sert de rien !

Il s'étonne de son coeur
qui chante
rescapé des orages,
et il chante pour rien
ses chaines qui tombent !

Cosmos et marguerites
suivent la danse
des branches de bambous.
Il est sous un regard
qui le crée et l'aime !



-4-

Il s'agit de tout donner,
de s'enfoncer au large,
loin de la cage
qui accapare,

coquelicot frêle
qui meurt et sème
ses graines noires,

soleil aux mains ouvertes
qui n'a plus rien à perdre,

donner encore son chant
comme l'oiseau inconnu
perdu dans son feuillage
célèbre sans retour
son bonheur d'être !

-5-

Et le voilà
avec son poème,
pétales d'une fleur
qui se fane
et qu'un souffle disperse !

Il l'offre au silence,
à la place de la mitraille,
loin des lèvres qui mentent
et des calculateurs !

Amour pour amour,
quelle place pour la haine !



-6-

Quelle est
cette bouche étrange
qui l' a rejeté
sur le rivage ?

Il découvre une île
où des anges se rejoignent !

Encore bleu de sa nuit,
il laisse l'aurore
guérir l'amertume
de son encre
où la vérité se perdait.

-7-

Advienne ce qui
veut vivre en lui !

Une corneille malade
cherche l'ombre
des physalis
pour y mourir
pendant qu'une palombe
se pose au plus haut
d'un sapin argenté !

Entre ces deux images
il avance et se tait !




mardi 14 août 2012

Spirit of Moondog


Quand déjà tout s'efface

-1-

Deux lièvres
dans une lumière
d'après l'averse
jouent à se poursuivre
et disparaissent
parmi les fleurs de trèfle.

Surprises dans
leur gîte de passage,
les oies sauvages
d'un coup d'aile
s'échappent vers l'étang
avec des cris stridents.



-2-

Il marche sur un chemin
qui se perd près
de nuages en enclume
traversés de rayons.

Il marche entre
ciel et terre,
près des fleurs
fugitives des fossés,

aimerait trouver
enfin paix profonde.




-3-

Près d'une croix
en pierre, marquée
d'un "va et espère",
Il ne sait où il va
et ce qu'il espère.

le vent dans les branches
de saules argentés
forme des vagues
et chante comme la mer.

Au coeur des champs de blé
les alouettes s'entêtent
à lancer leurs flèches
vers la voûte céleste.





-4-

Au bord de plants de maïs
qui dansent la gigue,
des achillées jaunes
sont des étoiles
dans un ciel vert
de feuillages qui frissonnent.

Visage fouetté
par la pluie,
il aperçoit
deux demoiselles
cigognes endimanchées
qui méditent
le bec baissé.



-5-

Le soir dans la lumière
qui se couche
et forme sur l'eau
un chemin d'or,
il laisse la barque
d'un pêcheur solitaire
lentement disparaître !

C'est comme s'il
avait déjà tout oublié,

que dans sa mémoire
ne restait plus qu'un sillage !



-6-

Maintenant qu'il est
revenu immobile
à sa fenêtre,

demeurent :

le visage de la cafetière
de l' "Etoile de Lorraine"
et sa réflexion étrange
de vieille femme usée :
"Dieu ne veut pas de moi
et le diable me craint !",

Les villages traversés
toujours endormis,

l'eau miraculeuse
qu'il n'est plus
possible de boire !



-7-

Ou le ciel
qui envahissait les champs,
se glissait entre
les herbes et les épis,
défilait dans les flaques
pièges à lumière !

Oui, la vie sans cesse,
un passage incessant,

et le vent qui respire
au lisière des forêts
à l'ombre emprisonnée !

Que reste-t-il
quand déjà
tout s'efface ?


lundi 13 août 2012

L'écharde



Nous commençons notre périple en étant tout à fait présents et plein de reconnaissance. Le soleil brille, les oiseaux chantent. Puis nous nous heurtons un orteil; A ce moment là, le monde est réduit à notre pauvre petit orteil.  Et pendant un jour ou deux nous marchons avec difficulté. A chaque pas, ce pauvre petit orteil nous revient à l'esprit.

Notre vigilance doit alors décider de ce qui déterminera notre journée: la douleur ressentie à l'orteil blessé quand nous marchons ou le miracle de la vie toujours en action.

Et c'est quand nous nous attardons trop aux petites choses que la misère rentre en jeu. En réalité nous commençons toujours par ne rien tenir pour acquis, par être reconnaissant d'avoir assez à manger et d'être suffisamment en santé pour pouvoir le faire. Mais, d'une manière ou d'une autre, au fil des jours, notre attention rapetisse comme l'objectif d'un appareil photo peut rapetisser un paysage. Et un soir, à l'heure du repas, nous voilà vexé parce qu'un plat n'est pas assaisonné à notre goût.

Quand notre horizon rétrécit, seul le problème reste.

En fait, la misère est un petit moment de souffrance auquel on accorde toute la place. Alors, quand nous nous sentons misérable, nous devons porter notre regard au-delà de ce qui fait mal.

Quand nous avons une écharde quelque part et que nous essayons de l'enlever, nous devons nous rappeler qu'il y a un corps, un esprit, un monde qui n'est pas une écharde.


Mark Nepo




India Arie Simpson and Raul Midon - Come back

Fabuleux solo de Raul Midon !


En attente

-1-

Est-ce distance,
un point, un cri
ou une pulsation ?

Jaune intense
de la fleur de cornichon
attireras-tu l'abeille ?

Quelques poils blancs
d'un chat errant
se sont accrochés
aux feuilles odorantes
de la sauge opulente !



-2-

Abondance de nuages,
Trouée de ciel bleu
presque gris !

Et derrière
l'envahissement des pensées,
n'y a-t-il pas
un grand ciel
silencieux et conscient
où tout se tait,
distance, point et cri !

-3-

Il se promène
parmi des cieux,
visages rencontrés
si sensibles,
même ceux qui
se sont fermés.

Ce qui unit
chacun à tous
est cette fragilité
diaphane aile
de libellule
ou de papillon !



-4-

Qui échappe
à ce vacillement
d'humanité
entre consentement
et refus ?

Il s'attarde
près d'une nuit
de vertige
où glissent
quelques étoiles
à côté du plus beau
des visages !

-5-

Il retrouve le sien
au plus profond
d'un abîme
qui attend
chacun de ses pas
comme une caresse,
délicatesse
et retrait,
fleur qui échappe
au liseron !



-6-

Tout est pris
par cette danse !

Chaque herbe,
chaque feuille
donnent sans détours
une unique parole !

Chaque arbre
et rivière
ont un secret
qui se dévoile
dans les larmes !

-7-

C'est comme si
le monde attendait
d'être vraiment là
au coeur de celui
qui passe.

Mais les passants
marchent dans
leur enclos de fer !

Ils ont brisé le rêve
qui était prêt à naître !