dimanche 19 août 2012

Pour une pensée

Pour une pensée
qui se prolonge,
son trajet de nuit
ne finit jamais !

Hagard, il descend
avec la source,
il l'accompagne
jusqu'à l'océan,
prêt à embarquer !

Chant intérieur,
qui donc le chante ?

Sans doute
plus grand
et plus vrai que lui !


tableau de Jean Bautran

samedi 18 août 2012

David Gilmour - Wish you were here


So, so you think you can tell
Alors, alors tu penses que tu peux distinguer
Heaven from Hell
Le paradis de l'enfer
Blue skies from pain
Le ciel bleu de la douleur
Can you tell a green field
Peux-tu distinguer un champ tout vert
From a cold steel rail ?
D'un rail d'acier froid ?
A smile from a veil ?
Un sourire d'un voile ?
Do you think you can tell ?
Penses-tu que tu le peux ?
And did they get you to trade
Et ont-ils réussi à te faire échanger
Your hero's for ghosts ?
Tes héros contre des fantômes ?
Hot ashes for trees ?
Des cendres chaudes contre des arbres ?
Hot air for a cool breeze ?
De l'air chaud contre une fraîche brise ?
Cold comfort for change ?
Un confort froid pour quelques pièces ?
And did you exchange
Et as-tu échangé
A walk on part in the war
Un rôle de figurant dans la guerre
For a lead role in a cage ?
Contre un premier rôle dans une cage ?
How I wish, how I wish you were here
Comme je souhaiterais, comme je souhaiterais que tu sois ici
We're just two lost souls
Nous ne sommes que deux âmes perdues
Swimming in a fish bowl
Nageant dans un aquarium
Year after year
Année après année
Running over the same old ground
Courant sur la même terre usée
What have we found ?
Qu'avons-nous trouvé ?
The same old fears
Les mêmes vieilles peurs
Wish you were here
Je souhaiterais que tu sois ici

Poucet

-1-

Mots-passages
dans le désert

sens d'une trace
pour l'aurore

il marche
en lui-même

pour ne pas être
statue qui brûle

sous le soleil

                           
                              "Peinture de Gaetano Persechini"

-2-

Il avance avec
la fragilité

des cosmos violets
ou de la rose blanche

qui meurt
pétales comme

un dernier soupir
dans sa main

il marche dénudé

-3-

L'été allume
ses derniers feux

la moisson
bat son plein

manteau d'or
et poussière blanche

un jeune faon
renversé

meurt dans un fossé



-4-

Dans le jardin
le potiron

n'est qu'une promesse
les courgettes sont

encore naines
les mures vertes

et les fraises se cachent
lui passe avec

le regard qui caresse

-5-

Toujours revenir
à ce qui chante

loin du désastre
dans le tohu-bohu

des pensées vaines
il sème des cailloux

Poucet de retour
à l'intime maison

de soi-même



-6-

Il interroge
ce qui a goût

et suavité pour lui
visage d'enfant

en sa flamme native
buses et faucons

qui arrachent le regard
à sa terre aride

et lui signalent l'espace

-7-

Et bien d'autres
fanaux en ce pays

de désolation
tenir et marcher

connaître la tristesse
comme signe

du désamour
lui suffira

la goutte de rosée



vendredi 17 août 2012

Jackie, Sinnead O'Connor


La montagne s'offre



-1-

Handicapés mentaux
à ses côtés,
il regarde
des images de montagne,
nuages rêveurs
qui s'effilochent
et montent vers les neiges
et la dentelle noire
des rochers,
chamois qui
dévalent les éboulis,
reflet d'un promeneur
dans l'eau de jade
d'un lac glaciaire !



-2-

Même silence
dans la pièce
où les photos défilent,
visage buriné
du tresseur d'osier,
grand éclat de soleil
du regard d'une fillette
qui admire les pétales
d'une grande Astrance !
Pas un souffle
devant l'eau vive
en gerbes insaisissables
qui se glisse
entre les herbes
et la menthe sauvage !



-3-

Combat de tétras,
plumes noires
en effervescence,
vol immobile
de l'aigle royal,
croix sauvage et muette
qui invite à l'élévation,
insolence des chèvres
aux cornes torsadées,
prises aux pièges
des murets où débordent
des trèfles sauvages,

la salle se tait
devenue aile de papillon !



-4-

Soudain est ici
une même pauvreté !
Il n'y a plus
de jugement,
de gens normaux
ou handicapés,
la montagne s'offre,
cristaux de neige
plus beaux qu'un
tableau de Christo,
réseaux de lignes
sur la glace printanière,
cathédrale d'Ailefroide,
dôme de neige des Ecrins
à la blancheur foudroyante
sur son socle de granit
vert et anthracite !



-5-

La montagne s'offre
à ces regards
qui ne prennent rien,
à ces visages disgraciés.
Tout, en cet instant
peut commencer
puisque c'est
la même conscience
qui est rejointe
loin des étalonnages,
des étalages, des faux sages,
des imbus imbuvables
qui jamais ne se laissent
traverser dans leurs
carapaces de miroirs !

-6-

Il voit l'aigle
qui disparaît,
la cordée qui peine
sur son arête de neige,
le glacier bosselé
tapi dans son
auge de rochers !
Aucun bruit de la vallée
ne monte jusque ici !
Chaque pas est lié
à un souffle
qui tente d'élargir
sa cage d'os
pour donner vérité
au cri qui cherche à naître !



-7-

Tout ici peut être renversé !
Le plus faible voit
dans l'oeil du bouquetin
une lumière invisible
à celui qui se croit fort !
La montagne s'offre
au regard privé
de regard sur lui-même !
La montagne s'offre
et son baiser de pierre,
vif comme l'éclair,
effraye la mort !


jeudi 16 août 2012

Dominque A. Par les lueurs


Rien d'autre

-1-

Une pie jacasse
près des pins cembro.
L'ombre des branches
danse sur le sol
couvert d'épines.

Assis sur un banc
de rondins grossiers,
face au sommet des Bans
couvert de névés grisâtres,
il écoute simplement
une mobylette qui remonte
la route de la vallée !

le torrent du Gyr
n'arrive pas à couvrir
son vrombissement !



-2-

Des sittelles torchepot
chantent discrètement
perchées sur de jeunes mélèzes.

Un souffle de vent
fait tomber une aiguille
de pin toute sèche
sur son pantalon.

Dans les champs
en contre-bas
une unique meule de foin
est écrasée par le soleil.

Il est là, il écoute !

Malgré tous ces bruits
qui parviennent à lui,
le silence siffle à son oreille !

-3-

Une fourmi géante
se faufile entre les herbes
et les pommes de pin.

Sur son carnet
une minuscule sauterelle
s'est posée et malgré
les mouvements du crayon
ne semble pas vouloir partir.

Il est là, il respire !

Un papillon bleu passe.
C'est un instant unique,
une unique vision.

Une branche craque,
le papillon repasse
folâtrer près de lui !



-4-

Des nuages aux cheveux
de vapeur blanche en désordre
s'approchent
du sommet des arbres
et des cimes
qui deviennent noires.

Il sent les odeurs
de bois et d'écorce.

Il est là, il regarde
les taches de lumière
qui se balancent
sur la page blanche.

Il est là,
n'a aucune idée !

-5-

Là vivant
sur la terre vivante !

On lui a dit
que son coeur battait.
Il pose la main
sur sa poitrine,
sent à peine
les battements !

Ses épaules pèsent un peu.
Il a une légère gêne
dans la nuque.

Il est là
avec son corps,
compagnon apaisé !



-6-

Deux merles se réfugient
dans un buisson.
Des nuages filamenteux
ont envahi le ciel !

Un avion y laisse
son paraphe.

Une aile de parapente,
pétale violet
de fleur géante
qui s'affaisse,
se pose dans un champ.

l'ombre grandit,
la lumière ne joue plus
sur son carnet.



-7-

Il ne sera bientôt
plus là sur ce banc.

Il admire en un
dernier coup d'oeil
l'harmonie du pin
devant lui,
malgré son tronc
qui se dédouble.

Ses branches sont
comme des bras
levés avec mesure
dans une courbe qui rassure
pour accueillir le ciel !

Il se lève maintenant,
sachant qu'il n'a
rien d'autre à écrire !