vendredi 7 septembre 2012

Illusions envolées

Un homme près du barrage
marche avec difficulté,
la cigarette aux lèvres
comme s'il sortait
d'une longue maladie !

Il a le regard vif
et pur de celui
qui a frôlé la mort !

Illusions envolées !

Lui reste cette fumée
qu'il savoure,
la blancheur des mouettes
qui se confond avec l'écume
de l'eau tumultueuse,

et les douces pensées
d'un coeur qui ne
désire plus que la paix !

jeudi 6 septembre 2012

Michel Petrucciani Bésame Mucho Looking Up

 

Cela ne sert à rien

Cela ne sert à rien
n'est-ce pas ?

Deux canards au soleil
sur un tronc d'arbre
emporté par le courant,
des pétales de dahlia,
grandes larmes rouges
sur la terre noire,
un enfant à table
dans une pièce claire
et qui poursuit son rêve,

cela ne sert à rien !

Et l'étoile du nord
entre l'horizon et la nuit
lorsqu'on ferme la fenêtre,
des corbeaux à la poursuite
d'une blanche tourterelle
dans les branches noires
d'un sapin solitaire,

cela ne sert à rien !

N'est-ce pas ?

mercredi 5 septembre 2012

C'est ce que tu veux ?

Encore un peu
de pauvreté !
Jamais la coupe
ne semble vidée !

Pauvreté sans misère,
soleil derrière
une vitre claire,
sourire du matin !

Restent toujours
des richesses
dont on ne veut
se démunir.

Le vent entrerait
et risquerait
de bousculer
le trésor caché !

Mieux vaut donner
un tour de clé,
fermer la grille
de sa vie fer forgé,

et ne plus rien attendre
qu'une mort sans conscience !



C'est ce que tu veux ?

mardi 4 septembre 2012

Adieu (Arthur Rimbaud)


Le pays qui n'est pas

 
Je languis après le pays qui n'est pas
car tout ce qui est, je suis lasse de le vouloir.
En runes d'argent, la lune
me parle du pays qui n'est pas,
le pays où chacun de nos souhaits
se trouve miraculeusement exaucé,
le pays où tombent nos chaînes,
le pays où nous venons, dans la rosée de la lune,
rafraîchir notre front meurtri.
Ma vie fut une brûlante illusion.
Mais il est une chose que j'ai découverte,
une chose que j'ai vraiment conquise–
le chemin du pays qui n'est pas.
Dans le pays qui n'est pas, mon amour
se promène ceint d'une couronne étincelante
Qui est mon amour ? Noire est la nuit
et les étoiles en réponse frémissent.
Qui est mon amour ? Quel est son nom ?
La voûte du ciel s'élève de plus en plus haute
et dans l'infini des brumes,
ignorant la réponse, un enfant se noie.
Mais l'enfant de l'homme n'est que certitude,
plus haut que les cieux, il élève les bras.
Vient alors une réponse : Je suis
celui que tu aimes et toujours aimeras.
 
Edith Södergran
 
 

Vase fragile

-1-

L'air est léger
chargé d'une lumière
fine et transparente.

Il y a une respiration
au milieu des arbres.

Les marronniers semblent
usés par le soleil.

Des insectes volants
montent et descendent
dans les volutes
de chaleur de la terre.



-2-

Où revenir,
sinon à ce qui respire
en soi,

un lieu sans lieu

qui est aussi un appel,

où est prononçé le feu,

un lieu où l'on est soi,

en marche toujours
vers ce qu'a laissé
pressentir la promesse !

-3-

Dans ce qui s'épure,

il n'y a plus de regard
qui se courbe,

seulement le large,

la note fragile d'un nuage,

le tournesol royal
sur sa hampe,

des arbres qui n'ont
jamais eu peur
d'être des arbres !



-4-

Dans cette simplicité,

il y a le grouillement
de l'obscur,

plainte qui ne
se nomme pas,

mains qui tirent
vers l'indistinct
et refusent la forge
du visage,

et le nom reçu
dans le secret !

-5-

Et l'on veut être
ce visage ou ce nom,

bien que ce soit impossible !

Tout est alors reçu

comme la louange
des grillons
laisse passer
le silence de la nuit !

Rien à atteindre
dans ce plus haut désir !



-6-

Tout est donné,

caresse surprenante du soir
où le moindre brin d'herbe
se revêt de tendresse,

où les yeux se ferment
pour mieux accueillir

la paix du consentement,
le souffle qui se respire !

-7-

où l'on ne triche plus
puisque l'on se découvre
vase fragile
proche de la brisure,

si prompt à rejoindre
les tessons jettés
à la décharge,

alors qu'une eau
attend d'être contenue

pour le calme d'une étoile !