mercredi 7 novembre 2012

Sophie Hunger


Au plus simple

Au plus simple
étonné de l'étoile,
comprendre qu'ici
il ya un océan

et être matin
à chaque heure du jour
en laissant aller
ce qui doit disparaître !


               tableau de Giovanni Bellini

mardi 6 novembre 2012

Tantôt, tantôt



« Sans cesse, il se sent bousculé celui que l’Amour a touché ; Il lui faudra goûter  bien des heures indicibles.Tantôt l’ardeur, tantôt le froid, tantôt la crainte, tantôt l’audace.Sans cesse surgit l’incertitude. Et l’amour bien souvent rappelle tout ce qu’il faut payer  afin de partager ces merveilles que sa richesse nous propose, tantôt l’allégresse, tantôt l’angoisse,tantôt si loin, tantôt si près,[…]tantôt abattue, tantôt exaltée, tantôt caché, tantôt révélé,[…]tantôt légère, tantôt pesante, tantôt obscure, puis toute de clarté, libre et consolée ou nouée par la crainte, comblée ou démunie, telle est l'existence de l'âme éprise d'amour ! »

Hadewijch d'Anvers


tableau de Martine Bligny

Long, long chemin G. Manset





Rien n'égale
Un ciel sans une étoile
Où rien ne changera
Où tu t'endormiras.

Si tu veux trouver celui que tu aimes,
C'est un long long problème
Et tous les matins sont les mêmes,
Qu'ils soient de plumes ou de paille
Ou de tessons de bouteilles,
Qu'ils soient d'ombre ou qu'ils soient de soleil,
Si tu veux trouver l'autre demain,
C'est un long long chemin.

Où que tu ailles,
Il y aura de l'eau, de la paille,
Il y aura de l'eau, de la paille
Et de l'herbe tendre au creux des reins
Sur ton chemin.
Il y aura de l'eau, du soleil,
Il y aura de l'eau, du soleil.
Aucun jour, aucune nuit ne seront pareils
Mais, c'est un long long chemin.
C'est comme une épine au creux de ta main.
C'est un long long chemin,
C'est un long long long long long long long long long long long chemin
Car trouver celui qu'on aime,
C'est un long long problème.
C'est un long long long long long long long long long long long problème.
C'est un long long long
Long long long
Long long long
Long long long

Où que tu ailles,
Il y aura de l'eau, de la paille,
Il y aura de l'eau, de la paille
Et de l'herbe tendre au creux des reins.
Tout au long du chemin,
Le long long long
Long long long
Long long long
Long long long
Long

Alors, quand ce sera lui,
Court au devant de lui.
Tu seras comme dans ses bras
Libre, près de son coeur ouvert.

La nuit apporte

Nue évidence
à se tenir seul,

apparition du paysage,

odeur de feuilles mortes
qui revient de l'enfance,

la pluie éloigne
toutes choses.

Elle enlève
les dernières couleurs
du jour !

Chacun se tient
au bord du silence
qui vacille,

inquiétude
de la mésange
sous les branches
ruisselantes,

le vent enlève
de l'or
à chaque rafale !

Surprise
d'un rayon de soleil
qui rejoint la paix
des yeux clos,

massif neigeux
de nuages
à l'horizon,
en embuscade,

tout lâcher,
s'éloigner !

Vaines pensées,
livres empilés
qui ne contiennent
que des mots,

chacun se croit
à l'abri derrière
la croix de sa fenêtre,

près d'une lampe
qui appelle
dans la nuit de Novembre.

Des hommes en noir
bougent leurs lèvres
sur un écran bleu,

parlent de sang
et de morts,

un chat ronronne,

une enfant attend
le regard de son père
qui doute de l'homme
rivé à ses images
meurtrières,

et la nuit
apporte ses reflets,

partout des miroirs
sombres renvoient
de la solitude !

des maisons se dévoilent,
cuisine vide
avec des bouteilles
sur la table,

chambre
au lit défait,

vieillard
aux mains croisés
qui dort dans son fauteuil !

la nuit apporte
des étoiles électriques
sur la face blafarde
des immeubles,

la nuit fait pousser
la barbe d'ombres
des arbres qui
irrite les nuages,

la nuit prépare
un souper de rêves
mystérieux
qui dès l'aube
seront oubliés,

peut-être ?


tableau de Hopper



lundi 5 novembre 2012

Abîme de l'amour

Depuis longtems j'ai perdu connoissance ;
Dans un gouffre je me vis abîmer ;
Je ne puis plus supporter la science ;
Heureux mon cœur, si tu sais bien aimer.



Perdu, plongé dans des eaux ténébreuses,
Je ne vois rien, et je ne veux rien voir ;
Mes ténèbres sont des nuits amoureuses ;
Je ne connois mon bien ni mon espoir.



Dans ce profond d'amour inexplicable,
On m'élève bien au-dessus de moi ;
C'est un nuage obscur, invariable,
Où l'âme ne voit qu'une sombre foi.



C'est un brouillard plus clair que la lumière ;
Je ne puis exprimer sa sombre nuit :
On ne dessille jamais la paupière ;
Dedans ce lieu l'on n'entend aucun bruit.



Ces ténèbres où règne le silence,
Font le bonheur de ce cœur amoureux ;
Tout consiste dedans la patience
Qu'exerce ici cet amant généreux.
 
Madame Guyon

 
 
 


 

René Char dit par Laurent Terzieff