jeudi 19 janvier 2012

Henri Deluy


Les feuilles à peine
Vertes
Plutôt violines
Commençaient à peine
De se déplier



Le froid s’étalait

Grandissait au soleil

|○|

Parfums d’épices
De poussière
Et d’herbes
Peu communes
Le ciel s’était levé



Lèvres
Et bruits de roches

Le ciel s’était levé

|○|

Pâquerettes ou
Marguerites
Un seul amour profond
Singulier  



Ce matin

La marjolaine

Partout fleurissait

|○|

Tête sous les pierres
Laisser venir
Les événements
Ou encore



L’arrière
D’une fumée

À peine légère

|○|

Une adresse très
Courante
Une enveloppe très
Blanche
Très irrégulière
Une couleur elle-même
Émeraude ou encore



Un seul petit matin

Une heure elle-même
Très courte

|○|

C’était
Ce que tu disais
Ce que tu répétais
Ce que tu soulignais



Une géographie affective

Et sous le crâne
Les viscères


Henri Deluy, L’Heure dite, Flammarion, 2011, pp. 18 à 23 



Catherine Ribeiro - La Luna

Coup d'oeil


Il vient de penser :
“Et si c'était le monde
qui le regardait,
ces fumées blanches,
ces arbres qui changent
dans la patience d'automne,
ces vitres noires,
ces montagnes qui suivent
à l'horizon
le chemin du vent !”

Et en écho, il entend :
“Toi, où es-tu ?
Quel erreur y-a-t-il en toi ,
et quand s'apaisera-t-elle ?”

Tout devient si tranquille.
Il se laisse contempler
par les lueurs du ciel !!

Chaque feuille d'arbre
est devenue un oeil !


mercredi 18 janvier 2012

Bratsch - rien dans les poches


Depuis que je suis au monde
Je voyage sans rien dans les poches
Crois le ou ne le crois pas,
Je me suis toujours débrouillé seul.
Aujourd'hui je ne sais plus où aller
Je ne sais pas où dormir, ni me loger
Tout le monde me chasse.
Je ne demande pas la richesse.

Refrain
De siècle en siècle j'ai ri à en mourir
De porte en porte je me suis saoulé de colère
Mais qu'est ce qu'est le monde face à Dieu?
Rien qu'un peu de crasse sous l'ongle.
Dors maintenant.

Je reste dehors comme les chiens
Je reste dehors jusqu'au petit jour
Froid, froid souffle le vent, je réfléchis et ne dors pas.
La chauve-souris porte chance
Donne moi un verre, sans arrière pensée
Je n'ai jamais mangé, ni bu sur le dos des autres.


Quelques notes du désert                                                                           


           
La parole est simple
comme un chêne noir
sur un coteau de neige !
Des branches pures
parlent pour lui
de son goût de vivre
qu'il ne connait pas !


              *
Neige de brouillard
qui tombe fine
sans souffle de vent,
si doucement
qu'elle ralentit le temps,
n'empêche pas
l'envol noir des corbeaux
devenus muets soudainement !

             *
Cet oiseau
sur un fil
de l'abîme,
s'il te regarde
aussitôt il oublie
le vide.
Tant de vies
que le vide fascine
faute d'être fascinés
par un visage  !

          *

livres en nausée,
pages tournées,
encre noire
qui obscurcit
un peu plus
le soleil intérieur,
livres adorés,
pages qui apaisent,
mots qui redonnent lumière
au coeur des nuits d'encre
où l'âme se meurt.


             *
Il a crié : "où es-tu ?
et elle  s'est tu,
lui aussi !
            
              *
Ne lis pas ces lignes
tu  ne trouveras jamais
où elles se terminent !

               *
Parfois il pique,
mais jamais longtemps !
Après il offre une rose
au sortir de la nuit !

                *
N'ouvre pas cette porte,
elle donne sur une aube
qui ne se lève jamais !

*

Plaine sans frontières
sans bosquets et chemins,
rien que le vent,
et la lumière qui meurt !


                    *
Au pas du jour,
un silence transi
envahit tout !

                    *

Etoiles bleues
du myosotis,
quelle parole
pour la finesse de tes pétales ?
Perdre du temps
avec une fleur,
en tomber amoureux,
voilà une part
du mystère.

                  *

Le couple de
rouge-queues
est de retour,
fragile amitié
qui a survécu
à l'hiver !

                  

                                      *
Poursuite de mésanges
entre les branches,
nuages qui continuent
leur voyage vers l'Est,
éléments du monde
qui n'ont pas besoin
des tourments de l'homme !

                    *

Grande ouverte
une bouche
de lumière
qui déchire
le ciel gris
l'avertit
de ne plus avoir
de pensées tristes !

                  *

Impossible ?
Sans doute !
Les feuilles mortes
ne remontent
pas à l'arbre !
Mais l'arbre
ne décide pas
la sève à revenir
nourrir ses branches
au printemps !
      
     *
A la fenêtre
d'un mourant
les oiseaux
ne se taisent pas,
mais ils noyent
de leur chant
l'angoisse
de celui
qui s'absente !

           *

Voix métalliques
à la radio
qui compte les morts,
et dans la terre blanchie
par le grésil,
surgissent timides
les quenottes vertes
des tulipes !


          *

Oiseau
qui s'échappe
de sa main,
ne reviens pas !
emporte loin
la caresse
qu' il désirait
te donner !

             * 
Le temps
d'ouvrir les yeux,
de comprendre un peu,
et déjà le dos se courbe,
au loin sur le chemin
accourent déjà
les visages sans rides
des suivants !

              *

Voici une main !
Qu'elle s'ouvre
puisqu'elle ne demande rien !
Rien que le vent,
une ronde, un chant
sur des lèvres
qui s'étaient éteintes !



                *

Lumière revenue,
nudité du jour,
qu'apprendre encore
de la nuit !

              





mardi 17 janvier 2012

A son heure



Quand se révélera
l'invisible sang
qui ignore
toute distance,

Alors on saura,
malgré la pierre
et l'armure
qu'il y a eu
un chant de vie,

Et malgré
le sourire disparu,
continuera à
s'ouvrir un espace

où se tiendra
la rose victorieuse.


Lhasa - Rising

Magique !