samedi 30 juin 2012

Quand le cœur humain est creux et rempli que de soi…




Ou encore tous les hommes sont égoïstes, tous les hommes sont mauvais. Kant

De l’égoïste au «salaud» sartrien, juste une question de degré, là ou l’égoïste manque d’amour, il ne sait aimer que soi, *«l’ordinaire de l’homme» déborde de haine.

L’égoïste ne consent à rendre service à autrui que dans la mesure où cela ne compromet pas son propre bien être.

*«L’ordinaire de l’homme» va plus loin : il est prêt à tout, pour son propre bien, même au pire. Qui ne ferait un peu de mal à autrui, si cela doit aboutir à un grand bien pour soi ? Qui ne  s’autoriserait un petit mensonge, si c’est pour faire fortune ? Qui ne volerait, pour sauver sa peau.

*«L’ordinaire de l’homme» va plus loin : il fait subir un grand mal à autrui, pour obtenir un petit bien pour soi. Ce n’est pas à la portée de n’importe qui. Il y faut beaucoup d’insensibilité à la souffrance d’autrui, beaucoup de haine ou de violence, beaucoup de bonne conscience ou d’inconscience. Celui qui est prêt à sacrifier autrui à soi, à son  propre intérêt, à ses propres désirs, à ses opinions ou à ses rêves.

Qu'est ce que *«l’ordinaire de l’homme»? C’est un égoïste qui a bonne conscience, qui est persuadé d’être un type bien, et que le «salaud» en conséquence, c’est l’autre. C’est pourquoi il s’autorise le pire, au nom du meilleur ou de soi.

Les hommes ne sont pas méchants; ils sont mauvais et se croient bons, les «ordinaires de l’homme» sont innombrables, et convaincus de leur innocence.

«Le goût de vivre» A C-Sponville

Premier cheminement pour sortir de l'ordinaire !!!!

Le pouvoir des fleurs - Laurent Voulzy


Un pas en avant

Un pas en avant

vers le soleil levant,

un simple pas
hors du sommeil,

cela suffit
pour quitter la nuit !

Un pas même timide
sur le chemin

c'est toujours mieux
que de fermer les yeux

devant un monde
qui attend sa naissance !


vendredi 29 juin 2012

Louanges et critiques

 
 
La soif de louanges et la crainte de critiques ne peuvent que troubler inutilement notre esprit. Chacune à sa manière, ces préoccupations engendrent et renforcent notre vulnérabilité à l’opinion et aux propos d’autrui.
 
Nous sommes avides de louanges parce qu’elles flattent notre ego, et redoutons les critiques qui le menacent. Or l’avidité et le sentiment exacerbé de l’importance de soi sont tous deux sources de tourments. Lorsqu’on nous adresse des louanges, pensons que l’on ne fait pas l’éloge de « nous » en tant qu’individu, mais bien plutôt des qualités humaines et des actions constructives que nous avons eu la possibilité de manifester et d’accomplir. Ce n’est pas l’individu qui mérite d’être loué, mais la vertu qu’il exprime.
 
De même, lorsque nous faisons l’objet de critiques, si elles sont fondées, elles sont bienvenues et salutaires, car elles nous permettent de prendre conscience de défauts ou d’erreurs que nous devons corriger ou réparer. Si elles ne sont pas justifiées, à quoi bon s’en inquiéter ? La paix intérieure naît d’une conscience sereine, et non de ce que disent les uns et les autres. Il est préférable d’avoir l’esprit en paix, alors même qu’on nous impute à tort des fautes, plutôt que d’être couverts de louanges alors que nous savons fort bien avoir mal agi.
 
Les louanges et les critiques sont comme du vent, des échos, des illusions. Leur seul pouvoir de nous troubler est celui que nous leur accordons. Si nous ne nous préoccupons pas de polir notre image, nous ne craindrons pas qu’elle soit ternie. Les louanges et les critiques ne modifient en rien ce que nous sommes : elles n’affectent que notre « image », laquelle n’est que la vitrine de notre ego et le miroir des opinions d’autrui.
 
Ce qui importe avant tout c’est de vérifier à chaque instant la justesse de nos motivations, afin de les rendre les plus altruistes possible, c’est-à-dire d’être sincèrement concerné par le sort des autres tout en œuvrant par là-même à notre propre épanouissement. Il faut pour cela cultiver les vertus fondamentales que sont l’amour altruiste, la compassion, la force d’âme, la liberté intérieure et la sagesse. Si on y parvient, à quoi bon s’inquiéter du qu’en-dira-t-on ? Lorsque l’ego s’est éteint, les parleurs ne font que jaser sur un mort.
 
Une telle attitude confère une grande liberté. Comme le dit souvent le Dalaï-lama, « Certains me considèrent comme un dieu vivant. C’est absurde. D’autres me voient comme un démon, loup affublé d’une robe de moine. » Et il part d’un grand éclat de rire.

Matthieu Ricard


 

Leo Ferre - Il n' aurait fallu (poeme d'Aragon)



Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immense été
Des choses humaines

Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air

Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l'ombre douce

Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Incarnation

Donne un peu de corps
A ton rêve le plus pur,
Le plus large, le plus beau,
Un peu de matière
au torrent de ton âme !
Rejoins les étoiles
Qui viennent de naître,
Et crée toi aussi le monde !
 
En sursis de vivre,
Laisse advenir la vie plus loin,
Là où elle te surprendra,
Laisse grandir le feu partagé
Qui ne s’éteint pas ,
La vie qui ne déçoit pas,
Chant dont nul baillon
Ne peut venir à bout !


jeudi 28 juin 2012

Six traductions d'un poème de Wang Wei (8ème siècle ap JC)

Je préfère la dernière ! et vous ?

« Je n’ai pas reconnu le monastère des Parfums
En allé trop loin par les nuages des sommets.
Sentier désert sous les vieux arbres —
Où sonne la cloche en ces monts si profonds ?
La source s’enroue au péril des rochers,
À la couleur du soleil, le bleu des pins fraîchit.
Le soir, au creux de l’étang vide,
La paix de l’éveil apprivoise les dragons. »
— Poème dans la traduction de M. Carré

« Je ne connais pas le monastère des Parfums Accumulés.
Sur plusieurs lieues j’ai pénétré les hauteurs perdues dans les nuages.
Parmi les vieux arbres, il n’y a pas de sentiers humains ;
Au fond des montagnes, d’où vient un son de cloche ?
Le bruit des sources résonne sur les pierres qui ressortent,
La couleur du soleil sur les pins verts donne une idée de froid.
Dans le vide du crépuscule ténu, des étangs sinuent,
La méditation paisible y maîtrise les dragons venimeux. »
— Poème dans l’anthologie de M. Jacques Pimpaneau (éd. Ph. Picquier, Arles)

« Ne sachant pas où se situe le Temple Xiangji
Je marche quelques li et me perds dans les monts ennuagés
La forêt trop dense, sans aucun sentier à suivre
D’où me parvient alors ce son des cloches
Qui résonne dans cette montagne si profonde ?
Une source chuchote parmi des rochers abrupts
Des rayons froids du soleil filtrent entre les pins verts
La nuit tombe sur l’étang calme
Je prie de maîtriser le dragon venimeux »
— Poème dans l’anthologie de M. Shi Bo (éd. Quimétao, coll. Culture et Coutumes chinoises, Paris)

« Jusqu’au temple Xiangji, je ne connaissais point la distance,
Après plusieurs “li” de marche, je pénétrai dans les pics recouverts de nuages.
Au milieu des vieux arbres, nulle trace humaine n’était visible,
Mais d’où venait ce son de cloche dans la profonde montagne ?
Les torrents gargouillaient sur des falaises escarpées,
La lueur froide du soleil accablait les pins verdoyants.
Dans le crépuscule brumeux, apparaissait un étang à sec,
Comme si on l’avait débarrassé du dragon venimeux. »
— Poème dans la traduction de M. Wang Chia-yu (éd. You Feng, Paris)

« Je ne sais où se trouve le Temple Xiangji ;
En quelques li, je pénètre la cime perdue dans les nuages.
De vieux arbres, point de sentiers.
Dans les montagnes profondes, où résonne cette cloche ?
Le murmure de la source sanglote aux rochers escarpés.
Le soleil colore les pins froids et verts.
À la tombée de la nuit, près du gouffre vide,
La méditation paisible maîtrise les dragons venimeux. »
— Poème dans la traduction de MM. Wei-penn Chang et Lucien Drivod (éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris)

« Qui le connaît, le temple du Parfum-caché ?
À plusieurs li d’ici, sur un pic nuageux…
Sentiers à travers l’antique forêt : nulle trace.
Au cœur du mont, sons de cloche, venant d’où ?
Bruits de sources, sanglots de rocs dressés ;
Teinte du soleil, fraîchie entre les pins.
Au soir, sur l’étang désert, méditant le Ch’an,
Quelqu’un apprivoise le dragon venimeux. »
— Poème dans l’anthologie de M. François Cheng (éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris)