-1-
Clarté soudaine ! Le soleil a retrouvé sa douceur. Au plus haut du bouleau, les deux dernières feuilles d'or tremblent sous la caresse de la lumière. Et au milieu de la colline qui a pris ses habits de deuil, l'arbre au mille écus est un astre à lui tout seul !
-2-
Dans ce dégagement, il ouvre encore plus grand son regard. Est-ce si sûr qu'il est déjà vu le monde et même rencontré son enfant ? Lorsqu'il marchait avec elle après le repas, il découvrait à nouveau son visage par la grâce du pas et la fraicheur du silence.
-3-
Quel est cet obscurcissement prêt à tuer la graine qui attendait l'eau vierge d'un regard, cette prison terrible où êtres et choses sont rangés par habitude dans des cellules ternes où lentement ils perdent tout éclat ? Parmi des aveugles toujours au bord de l'asphyxie, il tente l'étonnement d'un nouveau-né qui ne dort jamais quand il est éveillé !
-4-
Et qu'importe le ricanement de ceux qui salissent la chair sensible du mystère ! N'ayant plus rien à conquérir, il s'attarde sur le grain de raisin tâcheté, les moucherons qui volent sans but entre deux rayons de soleil, ou l'écriture toujours à déchiffrer sur l'écorce blanche du bouleau.
-5-
Il y a tellement à lire, loin de l'armée noire et sérieuse des lettres d'alphabet qui se terrent entre les pages des livres, tellement à découvrir, plutôt que revêtir l'uniforme du soldat qui , ayant tout vu, continue à tuer, croyant que vivre est un ordre !
-6-
Par surprise, avec le soir, le ciel si clair s'est empli de nuages effilochés. Il habite un rêve si réel. Un pas en arrière de sa folie a suffi, un pas guère plus grand que celui d'un enfant qui se jette sans appui dans l'espace que lui abandonne sa mère avec confiance.
-7-
Un pas en arrière où il laisse les oies sauvages poursuivre leur voyage, où il lâche la main de ceux qu'il aime, sans les aimer moins, où il abandonne au fleuve de son désir le navire en papier de son poème, sûr qu'il arrivera à bon port !



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