Nous n’avons pas à atteindre un état donné de paix, mais à apprendre à laisser être les moments d’ouverture quand ils surviennent. Et pour ce faire, le chemin consiste à cultiver une attitude d’accueil chaleureux. C’est cet accueil qui est la paix, non l’absence d’agitation et de conflit.
Il existe deux ententes contradictoires de la paix. Une paix qui cherche à éviter tout conflit, tout contraste et nous enferme dans une sorte d’univers cotonneux où nous serions à l’abri. Une telle perspective n’est pas loin de celle qui prétend que nous serons en paix quand nous aurons mis tous les étrangers dehors, quand on aura aboli toute insécurité, que le principe de précaution sera totalement appliqué, que plus rien ne nous fera souffrir. En caricaturant : que l’idéal serait de pouvoir installer un globe au-dessus de nos maisons pour éviter la pluie et tout autre désagrément. Vivre dans un centre commercial à chaque instant. Dans un programme de télévision.
Mais il existe une autre entente de la paix qui accepte qu’il pleuve, qu’il puisse y avoir un moment d’ennui, que les choses ne soient pas exactement comme on le voudrait — autrement dit qui est prête à laisser survenir le « Ah ». Cette paix n’est pas la pétrification de tout conflit, mais l’acceptation du mouvement même de l’existence. Elle ne refuse pas les échecs et les désillusions, les douleurs et les incertitudes mais en fait autant d’occasions de redécouvrir le verso des choses — la dimension musicale de l’espace.
Le Ah ! surgit dans la pratique, dans la vie. Il prend aussi au niveau externe, le visage de ces coïncidences que Jung nommait synchronicités. Ces coïncidences sont des moments où la situation semble d’elle-même faire « Ah », rapproche des gens et des paroles d’une manière fulgurante…
Lorsque le « Ah » surgit, on ne peut pas le prévoir. Soudain quelque chose s’ouvre. La plupart du temps on ne fait pas attention à ce « Ah ». On fait attention aux images qui apparaissent sur l’écran mais on ne voit pas l’écran. On fait attention aux plantes qui poussent dans le jardin, mais on ne voit pas la terre d’où elles surgissent. Le « Ah » est la manière dont l’espace ouvert surgit d’un seul coup.
Fabrice Midal

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