Chercher à créer de la beauté est un acte d'amour, encore même que cet amour ne se dirigerait vers personne, non pas même vers l'humanité comme telle, c'est un acte d'amour en soi. Et le fait d'exclure la recherche de la beauté, de la nier ou simplement de la négliger, c'est refuser cet acte d'amour. (...)
Un compositeur médite sur son art, p.117.
Et encore que l'on soit amené à exprimer la laideur, il faut que l'art soit, par lui-même, si beau que cette laideur en soit comme transfigurée. Car la beauté porte en elle une vertu qui libère notre esprit, quelle que soit l'expression qu'elle incarne, et alors même qu'elle n'exprime rien qui se puisse traduire explicitement par des mots.
Et si ce n'est pas nécessairement "la paix et la consolation" que l'artiste doit donner aux autres hommes, ce devrait être en tous cas cette libération que produit en nous la beauté.
Voilà, me semble-t-il, où réside la véritable responsabilité du compositeur.
Responsabilité du compositeur, 1966, dans : Un compositeur médite sur son art, p. 29
La pensée musicale est une pensée parfaitement claire en elle-même, mais c'est une pensée tout intérieur, globale et parfaitement inexprimable autrement que par elle-même.
On raconte qu'une dame, à qui Beethoven avait joué une de ses sonates, lui avait demandé ce que signifiait cette sonate. Beethoven lui répondit : "Ah ! vous n'avez pas compris ? je vais vous la rejouer". (...) Et si la pensée analytique est en quelque sorte sans limite pour la connaissance des faits matériels et pour la puissance qu'elle nous donne sur eux, l'autre forme de pensée est indispensable à notre vie et représente, elle aussi, une connaissance, une connaissance qui a été, qui est et qui reste seule valable en ce qui concerne le monde de l'esprit.
Le rôle de l'art dans la société d'aujourd'hui dans : Un compositeur médite sur son art, p. 184.
Il me semble que le véritable travail de l'artiste n'est pas d'exprimer dans son oeuvre des sentiments, mais s'y mettre quelque chose qui soit capable d'évoquer ce sentiment chez les auditeurs. On a vraiment l'impression d'avoir réussi, non pas quand on a exprimé le sentiment qu'on ressentait ou auquel on pensait mais au moment où le sentiment ressenti s'est "incarné" dans la musique et qu'elle le porte en elle.
Entretiens sur la musique, p. 47
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire